En descendant dans la salle à manger, je trouve mes frères et sœurs déjà installés autour de la table. Ils mangent et discutent bruyamment, comme d'habitude. Papa Mark se tient près du buffet, servant du café pour tout le monde, tandis que Papa John distribue les tartines avec son sourire bienveillant. Mary est là aussi, jouant son rôle de mère comme si tout allait bien.Au bout de la table, Alain est assis discrètement. Il mange en silence et ne participe pas à la conversation, mais je remarque qu'il observe tout autour de lui, comme s'il essayait de s'orienter dans cet environnement qui lui est encore étranger.
Je m'assois à mon tour et attrape mon bol, glissant un coup d'œil rapide vers lui. Nos regards se croisent un instant. Il détourne les yeux presque aussitôt, mais je capte une certaine tension sur son visage, comme s'il doutait encore de sa place ici.
- Evelyne, m'interpelle Papa Mark après quelques minutes. Alain est dans ta classe. Ça tombe bien, vous allez pouvoir aller au lycée ensemble.
Je hoche la tête, mais je sens déjà que cette nouvelle "responsabilité" ne va pas passer inaperçue auprès des autres. Je termine mon bol de lait rapidement, prends mon sac, et me prépare à partir avec Alain.
Le trajet vers le lycée commence dans un silence un peu gênant. Je jette des regards furtifs vers Alain, cherchant une façon d'entamer la conversation. Finalement, je prends mon courage à deux mains.
- Michèle, elle va bien ?
Alain ralentit légèrement son pas, visiblement surpris par ma question.
- Michèle ? Tu la connais, toi ?
- Non, pas vraiment, dis-je avec une pointe d'hésitation. C'est Simone et Annick qui m'ont parlé d'elle... et de toi aussi.
Il fronce légèrement les sourcils, comme s'il essayait de deviner ce que je sais vraiment.
- Ah... elles. Et qu'est-ce qu'elles t'ont dit ?
- Que vous aviez fugué ensemble.
Il hoche la tête, un sourire amer sur les lèvres.
Je laisse passer un instant avant de poser la question qui me brûle les lèvres :
- Mais... pourquoi tu as fugué ?
Il s'arrête brusquement, croisant les bras.
- Pourquoi ? Parce que j'en avais marre. Marre de cette ferme, de ce type qui me traitait comme un employé plutôt que comme un ado. J'ai cru que partir avec Michèle changerait tout. Qu'on pourrait enfin être libres, être ensemble.
Je reste silencieuse. Il a l'air d'avoir encore plus à dire.
- Mais la réalité... c'est que tout a vite dérapé, reprend-il. On n'avait nulle part où aller, pas d'argent, pas de plan. On a fini par squatter une auberge. Quelqu'un nous a vus, et voilà... la police nous est tombée dessus.
Il hausse les épaules, comme s'il voulait minimiser l'impact de ses propres mots. Mais je devine que tout ça l'a profondément marqué.
- Et Michèle ? Où est-elle maintenant ?
- Chez ses parents, je suppose. Ils l'ont récupéré dès que la police nous a arrêtés. Elle a sûrement dû se faire passer un savon... Moi...
Il s'interrompt, détourne le regard, puis reprend :
- Moi, je n'ai personne. C'est pour ça que je suis ici.
Je fronce les sourcils, intriguée.
- Mais tu étais déjà dans une famille d'accueil avant, non ?

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Sous les jupes des années 60 (Joseph Descamps)
Fanfiction"En 1963, Evelyn Whitmore, jeune militante pour l'égalité, arrive en France avec ses parents. Dans un lycée mixte, elle découvre un environnement où le sexisme est omniprésent et où les stéréotypes de genre façonnent les interactions quotidiennes. A...