1 | Johannesburg

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« Que vos choix reflètent vos espoirs et non vos peurs

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« Que vos choix reflètent vos espoirs et non vos peurs. »
Nelson Mandela

Sept heures dix du matin.

Je ne réalise pas encore avoir passé ma première nuit à Johannesburg depuis toutes ces années. À cette période, les matinées sont fraîches mais je sais déjà que la chaleur ne va pas tarder à frapper.

Je profite de cet instant pour sortir sur la petite terrasse à laquelle j'ai accès depuis ma chambre, et j'hume très lentement l'air frais du matin. J'aime cette odeur, c'est celle de mon pays... J'en ai tellement rêvé.

J'ai aimé la France c'est vrai, mais je suis heureuse d'y avoir terminé ces trop longues études que Papa m'a imposé. Encore une chance que tout cela m'ait intéressé, sinon content ou pas, j'aurais tout abandonné.

Je ne me suis jamais sentie plus heureuse qu'ici. J'y ai tous mes souvenirs d'enfance et je chérie cet endroit comme un aucun autre sur terre. Ici, je me sens libre, je me sens exister. Je me souviens encore de ma bonne Gugu qui veillait sur moi avec tant d'habileté. Elle a été ma nourrice et confidente depuis ma naissance, jusqu'à ce que je parte pour le sud de la France il y a huit ans. Elle me manque.

Je pensais la retrouver mais mon père l'a renvoyé. De toute façon, Papa n'a jamais supporté sa présence et maintenant que Maman est partie il est bien heureux de s'en être séparé.

Cela fait un moment que le chat miaule tout près de moi, une caresse poilue contre mes pieds me ramène à la réalité.

— Toi aussi tu as faim Milka ? Attends je m'occupe de toi.

J'attrape le félin tigré dans mes bras et descends vers la cuisine. Honorine est déjà levée. Elle prépare le petit déjeuner en écoutant des nouvelles peu réjouissantes pour son peuple à la radio.

— Bonjour Miss Gabriella, vous prendrez quelques choses à manger ?
— Oh je veux bien s'il-te-plaît, j'ai un appétit d'ogre ce matin, et je crois bien que mon ami Milka aussi.
— Bien Miss Gabriella, je vous prépare tout ça.
— Honorine, sais-tu pourquoi Gugu est partie ?
— Non Miss Gabriella et Monsieur votre père ne m'autorise pas à parler de tout ça.
— Je vois.

Je comprends qu'elle ne souhaite rien dire et je laisse le bruit du transistor, combler le silence qui m'ennuie. Le journaliste est un pro apartheid; ce type débite des bêtises qui me coupent presque l'appétit.

— Pff ! Je ne vois pas pourquoi ils inventent toutes ces âneries sur les gens de couleurs, c'est n'importe quoi ! je dis très agacée.
— Et Toumi, sais-tu ce qu'il est devenu ?
— Non Miss Gabriella, je ne le sais pas.
— Tu devrais cesser de te préoccuper de ce que deviennent les nègres Gaby, tu as d'autres chats à fouetter, intervient mon père.

Papa entre dans la cuisine et son air sévère m'arrache un sourire nerveux. Jamais il n'a pas pu comprendre l'intérêt que ma mère et moi portions à Gugu, notre chère domestique et son petit-fils Toumi.

Toute mon enfance j'ai joué avec Toumi dans les vergers du domaine. Tant que j'étais petite ça allait, il ne disait rien, mais dès que j'ai eu treize ans, il m'en a empêché.

Une chance que Maman ait été plus ouverte et conciliante que lui !

— Je prenais juste des nouvelles Papa. J'ai pris l'habitude de les voir ici, vois-tu ?

— Et bien ils ne sont plus là. Intéresse-toi aux gens de notre condition. Tu as voulu rentrer aux pays, ce n'est pas pour trainer avec cette famille noire.

Je n'ose rien dire car je sais que Papa souffre beaucoup de la mort de sa femme. Je ne veux pas en rajouter. Il l'adorait Maman, il était prêt à tout pour elle, mais malheureusement, elle est décédée.

La faute à cette foutue maladie, qui l'a trop vite emporté.

Depuis, lui qui déjà était difficile, ne fait aucun effort pour être agréable à qui que ce soit si, ce n'est à son banquier. Ce qui me dérange le plus, c'est la façon qu'il a de traiter les gens qui sont autrement que blancs.

Je déteste cela !

J'avale en vitesse mon petit déjeuner pour éviter d'être trop longtemps en sa présence. Je veux surtout éviter d'avoir cette discussion sur mon possible avenir avec Johnny Van der Noot, ou sur les informations nauséabondes qui tournent en boucle à la radio.

Moi, je rêve de liberté. Je rêve d'exercer mon métier comme je l'entends et surtout, je rêve de vivre comme je le sens.

— Déjà ? s'étonne-t-il en me voyant me lever. Tu pourrais au moins rester discuter, nous nous retrouvons à peine Gabriella !
— Je dois aller chez Marla. Je ne l'ai pas vu depuis des mois et j'ai promis que je passerai ce matin, avant qu'elle ne retourne chez sa tante au Cap.

— Bon...Très bien. Alors réserve-moi ta soirée ma fille. J'ai des choses à te causer.

Et Voilà !

Cette fois c'est certain, je n'y échapperai pas . Cependant, je ne compte pas le laisser faire.

Je n'épouserai jamais ce Johhny Van der Noot pour faire plaisir à Papa.

Je veux ma liberté et je jure que je l'aurai !




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