Interrogating in progress (day three)

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Je ne m'attendais pas à ce qu'Emerens simplement assis sur sa chaise de bureau, en train d'écrire un truc sur des feuilles volantes, me fasse un tel coup au cœur.

Pourtant, rien que de le voir pousser un petit soupir avant de reposer ses feuilles, les yeux cernés, me déchire en deux.

Pas le temps, ni l'occasion de m'annoncer. Tout ce que j'arrive à faire, c'est me jeter dans ses bras, et l'étreindre le plus fort possible. Retenant, de toutes mes forces, les larmes qui me piquent les yeux.

Emerens hausse un sourcil surpris.

« Ouh là. Ça va, Thibs ? »

Je n'arrive même pas à lui répondre.

Sans doute parce que je sais que si j'ouvre la bouche, je vais me mettre à chialer.

En guise de seule réponse, je me serre encore davantage contre lui. Et lui, visiblement conscient qu'il n'obtiendra rien d'autre pour le moment, se contente d'enrouler ses bras autour de ma taille, avant de me hisser sur ses genoux.

Sa main vient, doucement, caler ma tête contre son épaule, alors que son pouce me caresse délicatement le bas du crâne.

Je l'aime.

Putain, je l'aime. Tellement, tellement fort.

Tellement fort que je n'arriverai sans doute même pas à l'interroger correctement. Tellement fort que me rappeler pourquoi je dois lui poser des questions me donne envie de hurler. Parce que c'est me rappeler que même si je l'aime, même si je l'ai aimé, je n'ai pas été là au pire moment.

La Tragédie. La fameuse Tragédie de Saint-Cyr, qui me poursuit depuis la première fois que je l'ai entendu en parler, loin, très loin dans le cercle 6. Dont Flor avait réussi à récupérer des informations je ne sais trop comment juste avant de mourir. La Tragédie dont je viens enfin de connaître les tenants et les aboutissants.

Et putain j'étais mieux sans savoir.

Un sanglot que je ne peux retenir m'échappe, et je serre sa taille comme si nos vies en dépendaient. Ce qui est peut-être le cas, tout compte fait.

Si Emerens se demande bien ce qu'il me prend, il n'en montre rien. Il se contente de me bercer tout doucement, sa joue contre mon crâne, alors qu'un murmure rassurant fait vibrer ses cordes vocales contre ma propre joue. Et je ne peux m'empêcher de penser que c'est encore moi qui doit être rassuré.

Putain de merde.

Je serre les poings sur sa chemise. Emerens, de son côté, a un petit rire.

« Eh bien eh bien. Je m'attendais pas à une telle décharge d'affection.

— ... Ta gueule. »

Le rire se fait plus franc.

« Ah, là, c'est déjà plus ce que je connais. »

Je bougonne dans son épaule, mais la plaisanterie me permet néanmoins de me décaler de lui en ayant un peu moins envie de pleurer. Même si je dois avoir une sacrée sale gueule. Ce dont il se rend compte, d'ailleurs, vu que son pouce effleure doucement mes paupières inférieures.

« Quelque chose ne va pas, Thibs ? »

Je fais la grimace. Je peux pas lui dire ça comme ça, mais... D'un autre côté... Je vais être obligé de l'interroger. C'est pour ça que je suis là. Je peux pas me permettre... Je peux pas me permettre de me laisser guider par un biais. Même si c'est surtout pour lui que je fais ça.

Alors, à la place, je me contente de soupirer.

« ... La Tragédie. »

Son sourire disparaît aussitôt.

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