LOU

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Notre séjour à Vienne est maintenant terminé. Margo et moi sommes de retour à Amiens. Jessica est en route pour Podgorica.

Nous avons tous été un petit peu surpris par la tournure qu'ont pris les derniers évènements. Je savais que Jess appréciait Mike mais pas à ce point. Je suis vraiment contente qu'elle ai trouvé quelqu'un. Je me demande juste comment ils vont gérer mais je lui fais confiance et peut-être qu'il s'agissait de la pièce manquante à son histoire.

J'ai décidé d'envoyer Jessica au Monténégro. Après avoir passé les fêtes dans un endroit plein de monde je pense qu'elle a le droit d'être un petit peu au calme dans une destination qui est en train de devenir touristique.

À mon avis, mon amie va beaucoup réfléchir dans les jours qui vont arriver. J'espère qu'elle saura faire la part des choses, ne pas trop se prendre la tête avec des sujets qui n'en valent pas la peine. Juste avant de partir Jessica m'a glissé quelque chose dans ma poche en me demandant de ne le lire que quand j'arriverais à Amiens. C'est l'heure et je redoute un peu ce que je vais trouver,, d'habitude c'est moi qui fait ce genre de coup.

Ma Lou,

Pour une fois c'est moi qui t'écris. Non, je ne veux toujours pas rentrer à Paris. En fait la raison de cette lettre n'a rien à voir avec ces voyages que je suis en train de faire.

Tu m'as confié voir que je n'allais pas vraiment bien, que j'étais toujours ailleurs. Je te disais de ne pas t'inquiéter et malgré le fait que je tentais de te rassurer je voyais bien que ça ne fonctionnait pas. Je n'évitais pas les appels de maman juste parce que j'avais pas envie d'entendre ses serments sur mes choix de vie.

En vérité, la pire étape de ma vie n'a pas été le jour où mes parents m'ont laissé tomber quand je leur ai dit que je ne voulais pas devenir diplomate, ni même la fermeture du café... La pire tragédie de ma vie est arrivée il y a maintenant 22 ans. Papa n'était pas là, maman ne venait pas nous chercher à l'école. J'avais 14 ans... Tu viens peut-être de le remarquer mais j'ai écris « nous ».

Voilà l'histoire...

J'avais un frère autre fois. Un grand frère. Il n'était pas beaucoup plus âgé. Il s'appelait Anthony. Nous nous entendions à merveille. Nous faisions les quatre-cents coups ensemble. Nous arrivions à faire rire maman parfois et nous nous soutenions face à l'absence de papa. Il était en plus d'être mon frère mon meilleur ami. Je te parle de lui au passé parce que nous ne savons pas ce qu'il est devenu. La police a classé l'affaire sans suite. Maman n'a jamais vraiment voulu arrêter ses recherches mais je sais qu'elles ne mènent nul part. Papa ne s'est jamais prononcé sur le sujet... Et moi... j'ai toujours rêvé secrètement qu'il revienne même si au fond je sais que ça n'arrivera pas. Nous ne savons pas vraiment ce qu'il s'est passé... pourquoi il a disparu. Nous rentrions ensemble après les cours. Il avait pour habitude de sortir avant moi et de m'attendre mais ce jour là ou je suis sortie un tout petit peu plus tôt il n'était pas là. Je l'ai entendu pendant longtemps et il n'est jamais venu. J'ai couru jusque'à la maison en espérant l'y trouver mais il n'y était pas. Je ne sais pas si je suis arrivée trop tôt ou trop tard. Je ne sais pas s'il est parti ou s'il s'est fait enlevé. Je ne sais pas s'il est encore en vie. J'ose espérer que oui même après toutes ces années.

Je te parle de tout ça parce que l'anniversaire de sa disparition vient de passer et que je pensais que ce serait un jour ou je pleurerais toute la journée et finalement non, je n'y ai pas pensé. Je culpabilise un peu pour te dire la vérité. Mais il s'est passé quelque chose il y a une dizaine de jours. A Toronto. Il y avait ce garçon, un ami d'Enola et Mike. Il s'appelle Sam. Il m'a fait penser à mon frère. Le même sourire et un comportement étrange vis-à-vis de moi. Entre très attentif et extrêmement distant. Plus j'y pense plus je me dis que j'ai eu l'impression de le connaître et une petite voix me dit que j'ai peut-être retrouvé mon frère.

Je conçois que ça fasse beaucoup d'informations d'un coup... je vais donc arrêter mon récit ici. Nous en reparlerons si tu le souhaites mais tu remarqueras donc que c'est un sujet dont je ne parle pas.

Je suis désolée de t'avoir caché toute cette histoire. Ne m'en veux pas s'il te plaît. Maman me rabâche tout le temps de c'est de ma faute alors que tout le monde sait que ça ne l'est pas. Je n'ai juste pas été là au bon moment... C'est donc aussi pour ça que j'ai refusé de lui répondre la semaine dernière.

J'arrive à Vienne. Je vais vraiment devoir arrêter cette lettre...

Je t'aime très fort ma petite Lou.

Les larmes roulent sur mes joues. Je n'aurais jamais pensé que mon amie cache un si gros secret au fond de son coeur. Je comprend un petit peu mieux maintenant pourquoi elle essaye d'éviter le contact avec sa mère même si je pense qu'elles devraient se serrer les coudes plutôt que de s'en vouloir respectivement. J'ai peur que mon amie soit irrationnelle avec ce Sam. J'ai peur qu'elle s'accroche trop à un espoir qui a peu de chance de s'avérer véritable. Après 22 ans... ne serait-il pas revenu auprès de sa famille?

Je suis très touchée qu'elle se soit sentie assez à l'aise à mes côtés pour me confier un secret comme celui-ci. Je vais juste me contenter de lui envoyer un SMS la remerciant de s'être confiée, en lui disant que je me doute que ça a vraiment été compliquer à faire (d'autant plus que je vois que la lettre a été écrite il y a maintenant deux semaines). Je vais aussi lui dire que je ne lui en veux pas du tout de ne pas m'en avoir parlé avant et que c'est plus que légitime. Nous en reparlerons quand elle s'en sentira prête mais je ne pense pas que ce soit le cas. Il est possible que je me trompe mais je me trompe rarement sur ce genre de sentiment. 

A Nos BonheursOù les histoires vivent. Découvrez maintenant