CHAPITRE 13

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AÏCHA NDIAYE

-Aïcha Aïcha vient voir

Khadija suffoquait presque en courant vers moi que ça me fit peur.

-Ba diam ? Où sont les enfants ? Criai-je presque.

-non les enfants vont bien ne t’inquiète pas. C’est de leur papa dont il s’agit ou plutôt de ta…. Bon tu sais de quoi je parle…sa woudj bi (ta coépouse).

-que se passe t-il avec eux ? Elle est morte c’est ça ?

-astaghfirulla Aïcha !! Regarde plutôt ça.

Elle me tendit son téléphone

-tu la connaissais dis ? Tu l’as déjà vu ? Regarde.

Je prends le téléphone. C’était sur Facebook. Il s’agissait d’une photo de Abdou et de cette femme. Je décidais de défiler pour voir les autres. Il y en avait beaucoup. Il y avait des photos d’elle et d’autres où ils étaient ensemble sur une plage, dans un restaurant, et j’en passe avec comme légende « madame Sall paradise bou Abdourahmane ».

Je fus obligée de puiser au plus profond de moi une force surhumaine pour ne pas montrer mon mal être, ma gêne. Pour éviter que mes larmes ne montent.

-où est ce que tu as eu ça ? Vous êtes amies sur Facebook ?

-mais non ! Elle a tagué Abdou sur ces photos. Tu l’as déjà vu toi ? Huuuunnnn…Aïcha je te conseille de retourner chez toi. Ki ma guiss ni soko bayè ak sa dieukeur niak ko deih ( si tu la laisses avec ton mari, tu vas le perdre).

Ma sœur est du genre à dire tout ce qu’elle pense sans se soucier de ce que les autres peuvent en ressentir. Elle ne le fait pas méchamment mais elle ne réfléchit jamais au fait que ça puisse ou non blesser. Et pour cette fois ma fierté de femme y a pris un sacré coup.

-je m’en fous d’elle et de son idiot de mari. Elle peut en faire ce qu’elle veut c’est pas mon problème.

Je disais ça avec détachement mais au fond de moi j’avais mal, trop mal.

-si tu le vois ainsi… mais à moi tu me le fais pas. D’une seconde à l’autre tu risques de t’étouffer de jalousie et de colère mêlées. Il est encore temps de rattraper les choses Aïcha, rentre chez toi.

Elle sortit sur ces mots et me laissa dans la chambre. Je me précipitais sur mon téléphone et allais directement sur le compte Facebook de Abdou.

Je découvrais avec amertume les photos de leur mariage. Cette photo où mon mari à moi lui faisait un baiser sur le front et cette autre photo où elle affichait fièrement son statut de niareel avec les deux doigts en V comme si c’était une victoire.

Et sur d’autres photos, on devinait aisément que c’était celles de leur lune de miel.

La garce !

Je pouvais enfin mettre un visage sur le nom de ma coépouse. Je pouvais enfin savoir comment elle était, à qui j’avais affaire, ce qu’elle avait de plus que moi.

Au fur et à mesure que je découvrais ses photos, je me rendais compte que cette femme était l’opposée de tout ce que j’avais imaginé.

Quand on ne connait pas l’autre, qu’on ne l’a jamais vu, on la minimise, la sous estime sur tous les plans.

Je n’ai pas cherché à savoir qui elle était, pas une seule fois. Je me disais juste que c’était une de ses femmes comme on en voit à chaque coin de rue, une « vieille » assez désespérée pour se contenter d’une deuxième place.

La belle consolation.

J’aurai dû me douter que la femme qu’Abdourahmane épouserait ne serait pas une femme banale. Celle qui lui ferait tourner la tête au point de lui mettre la corde au cou ne serait pas n’importe quelle femme.

J’ai beau le détester pour ce qu’il m’a fait mais je dois reconnaitre qu’il a beaucoup de goût. Il a le goût des petits détails. Je me sentais flattée et pleine de confiance lorsqu’il disait à chaque fois que quand il regardait certaines filles lui faire la moue en voulant le charmer, il avait toujours envie d’éclater de rire tellement il les trouvait banales et sans aucun attrait.

Et là, je me suis sens petite, diminuée et désarmée rien qu’en regardant ses photos.

Elle était jeune, relativement jeune. Ki dioudouwoul sakh (elle n’est même pas encore née celle là). Elle n’a même pas l’âge de Khadija.

Je voyais dans son sourire une énorme joie de vivre. Et elle était belle, belle à damner un saint. Elle n’était pas simplement belle. Elle était divinement belle. Je dois le reconnaitre. Même moi qui suis une femme, elle me faisait de l’effet. Abdou est grand, très grand même. Même quand je porte des talons hauts, je lui arrive à peine aux épaules, mais cette femme pouvait se mesurer à lui.

Et elle était ce qu’il y a de plus naturelle au monde : teint noir, cheveux crépus, formes sulfureuses, un sourire qui lui venait du cœur et ça se sentait à travers ses photos. Cette fille croquait la vie en pleine dent. Elle avait de l’entrain.

Mais tout ceci ne me faisait pas mal car la nature m’a bien doté quand même moi aussi. Je suis belle et je le sais. J’ai de belles formes en bonne sénégalaise et j’ai le teint clair, pas xéssalisé et je prends soin de moi. Mais ce qui me gênait, ce qui me faisait mal c’est la complicité qu’elle avait avec mon mari. Ou du moins ce qui sortait de ces photos. Tout mon opposé. Elle n’avait pas froid aux yeux et ça se voyait.

Avec Abdou dans la chambre je sais me conduire comme il se doit, je lui fais complétement tourner la tète, mais quand on est en présence d’autres personnes, je calcule tout et pense que la moindre petite chose se remarque et j’ai toujours peur qu’on me juge trop collante, trop vulgaire, trop aguicheuse. A chaque fois qu’on était dehors avec des personnes, j’avais envie de disparaitre à chaque fois qu’il me touchait, m’embrassait ou me chuchotait des mots à l’oreille. Quand on allait à la plage, j’étais toujours dans mon coin. D’ailleurs je n'aimais pas toutes ces sorties. Ce que j’aimais, c’était les tête à tête a la maison en famille. Le restau pour moi c’était toujours hors de question même si quelques fois je cédais. Abdou est très tactile et j’avais tout le temps du mal à tenir la conversation avec lui à la maison. J’avais une sorte de complexe devant lui, quelque chose que j'arrive pas à m’expliquer, mais il m’intimidait un peu. Mais cela ne venait pas de lui car il me le reprochait souvent

-Aïcha, tu es trop sérieuse des fois, trop fermée.

Pourtant je n’étais pas timide mais introvertie plutôt. Je n’aimais pas trop me dévoiler.

Je poussais ma recherche jusqu’au compte de cette dernière : Mossane Abdourahmane Sall.

De la provocation au plus haut point et elle perd pas de temps celle là dis donc.

Je ne savais plus quoi penser. Je ne savais plus quoi faire.

Abdourahmane lane lama def niiii (Qu’est ce que Abdourahmane m’a fait comme ça ?).

Je n’ai pas les moyens de rivaliser. Non pas que je ne peux pas parce que djeg leuh may dieg (je suis une femme comme elle) mais c’est au dessus de mes forces. Je ne peux pas supporter ça.

Grand Dieu pourquoi les hommes ne tiennent jamais compte des sentiments de leurs femmes ? Pensent t-ils à nous lorsqu’ils décident d’en prendre une autre ? Savent-ils vraiment comment on se sent nous lorsqu’on nous impose une coépouse ? Parce que oui on nous l’impose car aucune femme ne serait d’accord si elle avait eu son mot à dire.

On dirait qu’on nous oblige à supporter stoïquement les tromperies, les vacheries, l’égoïsme des hommes. Je sais que la religion autorise la polygamie, mais moi je ne l’accepte pas. C’est au-delà de mes forces.

Et on ne m’à pas demandé mon avis. On ne m’a pas donné le choix. J’ai été mis sur le fait accompli et de la pire des manières.

Je comprends tant aujourd’hui le désarroi de ma voisine Absa à Kounoune qui, quand son mari lui a trouvé une coépouse a fini à la raffinerie de Mbao. Elle n’a pas supporté de voir une autre avec son homme et elle a complétement perdu les pédales.

Moi je n’irai pas à la raffinerie mais bien au camp pénal. Je suis assez forte pour ne pas sombrer dans la folie. Mais je ne le suis pas assez pour ne pas étrangler de mes mains cette Mossane ou je ne sais quoi.

J’enrageais. Je maudissais cette femme lorsque ma mère entra dans ma chambre

-yénogo say lokho sakh Aïcha. Sossi yémé mou sédeu. Legui rek niou yobou la ci seug yeu. Aïcha tog diekhna. Damaa beug nga diog dadialé say bagages teih gnibi sa keur tay dji sakh. (La folie même serait douce pour toi. Si on ne fait pas attention, on va t’amener aux cimetières. Je veux que tu rassembles tous tes bagages et que tu retournes chez toi ce soir même).

-que se passe t-il encore ? wa yéne doléne ma dimbali ( foutez moi la paix). Ce que je vais faire sakh c’est me trouver un appartement et partir avec mes enfants. Quand est ce que vous allez comprendre que je ne vais plus retourner avec cet imbécile ?

-Aïcha, Aïcha, Aïcha tu ne sais rien de ce que tu dis. Tu n’es plus toi-même. Ta tante Arame m’a mis en relation avec un marabout ( elle chuchotait maintenant et jetait un coup d’œil à la porte par moment), il dit que ta coépouse t’a envouté bien avant son mariage pour que tu quittes la maison. Il dit que tu dois retourner chez toi et essayer de la côtoyer car ce ne sera que comme ça que tu pourras la faire sortir de nos vies. Il m’a donné ça que tu dois mettre dans du lait caillé et le donner à ton mari afin de l’éloigner d’elle pour le moment. Après on retournera le voir.

Il ne manquait que cela nak.

-wa yaye iow niit nga ? Depuis kagn sakh ngay dem ci ay serigne ? Kone geum nga kokou ni ? ( es tu sensée maman ? Et depuis quand vas-tu voir des marabouts ? Tu le crois) Héééé

J’en riais même

-sa serigne deih sou manone deug dinala wakh ni Abdou beugoul sow et que douko sakh nane faf ( si ton marabout était aussi bon, il t’aurait dit qu’Abdou n’aime pas le lait caillé et qu’il ne le boit même pas). Yaye, sors toi ces histoires de la tête. Ce gars n’en veut qu’à ton argent. Tu ne connais pas ces gens, ce sont de vrais manipulateurs et de fins psychologues capables de lire dans la détresse des gens. Ni Abdourahmane ni moi n’avons été envoutés Abdou mo bone bonou bopam ( c’est Abdou qui est mauvais).

-le marabout a dit que le jour où cette femme mettra au monde un enfant dans ce ménage tes enfants et toi perdront à jamais Abdourahmane, enchaina t-elle sans prêter attention à ce que je venais de dire. Tu vas retourner chez toi, je te l’ordonne et faire en sorte que ton mari boive cette poudre dans du lait. Je ne sais pas comment tu vas t’y prendre mais tu le feras. Après tu feras en sorte que cette femme te mange dans la main. Et elle saura que bimay diog mom dioudogoul bay dédieuti sama dom ci seuyam ( elle saura qu’elle n’était pas encore née quand je me levais, jusqu’à vouloir te faire quitter ton mariage)

-de un cette femme n’habite pas dans ma maison mais avec la maman de Abdou. Et de deux, si tu veux que Abdou boive ça tu devras le lui donner toi-même parce que je ne veux plus rien avoir avec lui. Et pour ce qui est de la côtoyer, si vous voulez m’amener le repas au camp pénal, faites en sorte que je sois dans la même pièce que cette garce.

-bilay linga néké tayoko wayei man dina def lep. Ya’Allah bahna (je jure que tu n’es plus en pleine possession de tes facultés mais Dieu est grand).

Elle sortit son téléphone de sa pochette et me le tendit

-sors moi le numéro de Abdou ici.

-surement pas. D’ailleurs sakh je vais aller voir Raby sinon vous risquez de me faire faire un infarctus tellement vous me stressez. ON DIRAIT QU’IL Y EN A QUE POUR CE SALAUD D’ABDOURAHMANE SALL.

-bahna.

Elle sortit en appelant ma sœur. Surement pour qu’elle lui compose le numéro. Ce sera sans moi. Ses histoires de marabout, je n’y crois pas le moindre du monde. Bien que lorsqu’elle m’a dit que lorsque cette femme mettrait au monde un enfant, je perdrais Abdou, ça m’a fait tiqué.

Ce n'est pas le fait de le perdre à cause de ça, mais juste que penser que cette femme va sûrement tomber enceinte de mon Abdou, me ramène à la dure réalité qu’il lui fait l’amour comme il me faisait l’amour, qu’il tremble entre ses mains, qu’il découvre un autre plaisir que celui que je lui donnais. Abdou est très coquin et sait comment faire perdre pieds à une femme. C’est un homme qui aime prendre son temps afin de découvrir le corps de sa femme et pouvoir lui donner du plaisir. Goor bou djongué la dal. Et penser qu’elle profite du corps de mon mari, ce corps qui m’appartient, de ses mots coquins qu’il te souffle au creux de l’oreille quand il te prend, de ses douces mains qui savent où ils doivent être à chaque moment….

Pire, elle va donner à Abdou d’autres enfants…

Je monte dans ma voiture direction chez Raby, la femme du meilleur ami de Abdou. C’est ma meilleure amie aussi. La seule que j’ai d’ailleurs et l’une des rares que Abdou me laissait fréquenter. On a fait les quatre cents coups ensemble.






ABDOURAHMANE SALL

Je me dépêche pour aller chercher Mossane. Elle passe son examen de fin de sortie aujourd’hui. J’ai dû la trainer presque pour qu’elle retourne à l’école faire ses derniers cours. Elle me disait tout le temps

-Bé toi aussi si je vais à l’école je ne vais rien y faire. Les profs vont juste nous faire réviser. Ce que je peux faire ici.

Mais après j’ai compris que c’était juste par pure paresse et chaque matin en allant au boulot je la déposais et la reprenais à la descente vu qu’on avait plus ou moins les mêmes horaires.

Je la trouvais devant la porte discutant avec ses camarades. Je la vois sourire dés qu’elle aperçut la voiture, et ses amis ont alors commencer à la taquiner en riant.

-ça va ? Comment s’est passé ta journée ? Et les exams ? Lui dis -je après son gros smack.

-ça va ! J’ai écrit dal. Je te jure Abdou mag dou diang deih (un adulte ne peut pas apprendre)

-eskeuy, iow kagn nga dioudou bay nane mag dou diang (parce que toi tu es née?) Hun…et tu dis que tu as écris seulement ? Si tu échoues à cet examen je te botte le cul tellement que tu auras du mal à t’assoir.

Elle promèna alors sa main entre mes jambes, monta jusqu’à hauteur de ma bosse qui naissait déjà en y appuyant légèrement. Elle me dit avec une voix super excitante :

-hum j’adorerai que tu me bottes les fesses mon amour

Ce qui me mit dans tous mes états.

C’est alors que mon téléphone se mit à sonner. Je vis afficher le nom de la maman de Aïcha. J’espère qu’il n’est rien arrivé aux enfants ou à Aïcha





LES TURPITUDES D'UN MARIAGE POLYGAMEOù les histoires vivent. Découvrez maintenant